{"id":124860,"date":"2018-10-10T08:19:01","date_gmt":"2018-10-10T08:19:01","guid":{"rendered":"https:\/\/muskies.kracmedia.com\/population-genetics-of-muskellunge-in-the-st-lawrence-river-its-main-tributaries-and-inland-lakes-of-quebec\/"},"modified":"2026-04-23T15:14:12","modified_gmt":"2026-04-23T15:14:12","slug":"genetique-des-populations-de-maskinonges-du-fleuve-saint-laurent-de-ses-principaux-affluents-et-des-lacs-interieurs-du-quebec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/muskies.kracmedia.com\/fr\/population-genetics-of-muskellunge-in-the-st-lawrence-river-its-main-tributaries-and-inland-lakes-of-quebec\/","title":{"rendered":"G\u00e9n\u00e9tique des populations de maskinong\u00e9s du fleuve Saint-Laurent, de ses principaux affluents et des lacs int\u00e9rieurs du Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"124860\" class=\"elementor elementor-124860\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-593a3c61 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"593a3c61\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-292ac366 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"292ac366\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<blockquote>\n<p><strong>Quentin Rougemont<sup>1<\/sup>, Anne Carrier<sup>2<\/sup>, Jeremy Le-luyer<sup>3<\/sup>, Anne-Laure Ferchaud<sup>1<\/sup>, John M. Farrell<sup>4<\/sup>, Daniel Hatin<sup>5<\/sup>, Philippe Brodeur<sup>6<\/sup>, Louis Bernatchez<sup>1<\/sup><\/strong><\/p>\n<p><sup>1<\/sup>D\u00e9partement de biologie, Institut de biologie int\u00e9grative et des syst\u00e8mes (IBIS), Universit\u00e9 Laval, G1V 0A6, Qu\u00e9bec, Canada<br><sup>2<\/sup>D\u00e9partement de techniques du milieu naturel, Centre d'\u00e9tudes coll\u00e9giales \u00e0 Chibougamau, C\u00e9gep de Saint-F\u00e9licien, Chibougamau, G8P 2E9, Canada<br><sup>3<\/sup>IFREMER, Unit\u00e9 Ressources Marines en Polyn\u00e9sie, Centre Oc\u00e9anologique du Pacifique - Vairao - BP 49 - 98179 Taravao - Tahiti - Polyn\u00e9sie Fran\u00e7aise<br><sup>4<\/sup>D\u00e9partement de biologie environnementale et foresti\u00e8re, Universit\u00e9 de l'\u00c9tat de New York, Coll\u00e8ge des sciences environnementales et foresti\u00e8res, 13210, Syracuse, New York, \u00c9tats-Unis.<br><sup>5<\/sup>Minist\u00e8re des For\u00eats, de la Faune et des Parcs, Direction de la gestion de la faune de l'Estrie-Montr\u00e9al-Mont\u00e9r\u00e9gie-Laval, 201, Place Charles-Le Moyne, Longueuil, Qu\u00e9bec, J4K 2T5, Canada<br><sup>6<\/sup>Minist\u00e8re des For\u00eats, de la Faune et des Parcs, Direction de la gestion de la faune de la Mauricie et du Centre-du-Qu\u00e9bec, 100, rue Laviolette, bureau 207, Trois-Rivi\u00e8res, Qu\u00e9bec, G9A 5S9, Canada<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>Introduction<\/h4>\n<p>Un grand nombre d\u2019esp\u00e8ces de poissons ont vu leur abondance diminuer en raison notamment des activit\u00e9s humaines, qui peuvent entra\u00eener une entrave au passage des poissons, de la pollution, des pertes d\u2019habitats, de la surexploitation et bien d\u2019autres probl\u00e9matiques. En r\u00e9action \u00e0 ces baisses d\u2019abondance, de nombreux programmes d\u2019ensemencement ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s pour soutenir les populations, dont celles de maskinong\u00e9s (<em>Esox masquinongy<\/em>du Qu\u00e9bec. Cette esp\u00e8ce, r\u00e9put\u00e9e pour la p\u00eache sportive de gros sp\u00e9cimens, a connu une baisse d\u2019abondance consid\u00e9rable au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle dans les eaux du fleuve Saint-Laurent et de l\u2019archipel de Montr\u00e9al. De 1950 \u00e0 1997, des maskinong\u00e9s provenant de plans d\u2019eau ontariens et am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour l\u2019ensemencement de plus de 1,5 million d\u2019individus. Ainsi, de 1950 \u00e0 1965, des \u0153ufs de maskinong\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 initialement pr\u00e9lev\u00e9s dans le lac Chautauqua, dans l\u2019\u00c9tat de New York (USA), pour \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la pisciculture de Lachine au Qu\u00e9bec, o\u00f9 les alevins ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s avant d\u2019\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s dans le fleuve, ses tributaires et certains lacs. De 1965 \u00e0 1986, des adultes du lac Joseph ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme source pour les ensemencements. Enfin, de 1986 \u00e0 1997, des \u0153ufs provenant de la population du lac Tremblant ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s. Les populations des lacs Joseph et Tremblant sont issus eux-m\u00eames d\u2019ensemencements \u00e0 partir du lac Chautauqua (<a href=\"https:\/\/muskiescanada.ca\/en\/quebec-muskellunge-two-centuries-of-fishing-and-management-history\/\">voir l\u2019article de Carrier et collaborateurs  pour obtenir plus de d\u00e9tails sur l\u2019historique des ensemencements <em>et al.<\/em><\/a>).<\/p>\n<p>La gestion optimale du maskinong\u00e9 passe n\u00e9cessairement par la d\u00e9limitation g\u00e9n\u00e9tique des populations et l\u2019\u00e9valuation du degr\u00e9 d\u2019isolement entre elles. L\u2019existence de populations plus ou moins isol\u00e9es et ind\u00e9pendantes du point de vue de la reproduction doit effectivement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans les sc\u00e9narios de conservation et de gestion. De plus, des groupes de poissons g\u00e9n\u00e9tiquement distincts peuvent d\u00e9velopper des adaptations locales si l\u2019environnement diff\u00e8re, adaptations leur permettant d\u2019optimiser leur reproduction et leur survie dans un type d\u2019habitat donn\u00e9. Il est donc essentiel de conserver la variation g\u00e9n\u00e9tique naturelle ancestrale d\u2019une esp\u00e8ce et de s\u2019assurer qu\u2019elle pr\u00e9serve un bagage g\u00e9n\u00e9tique assez diversifi\u00e9 pour lui permettre de s\u2019adapter aux changements de son environnement. Ces connaissances permettront de d\u00e9finir les unit\u00e9s de gestion de la p\u00eache et de protection et de restauration des habitats. Cela est particuli\u00e8rement important dans le cas de syst\u00e8mes ouverts comme le fleuve Saint-Laurent et ses tributaires.<\/p>\n<p>La structure et la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des populations de maskinong\u00e9s n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es dans le fleuve Saint-Laurent, ses principaux affluents et les lacs des eaux int\u00e9rieures du Qu\u00e9bec. Une \u00e9tude a donc \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e pour : 1) mesurer la structure g\u00e9n\u00e9tique des populations de maskinong\u00e9s, 2) mesurer l\u2019effet des ensemencements historiques sur la diversit\u00e9 et la structure g\u00e9n\u00e9tique des populations et 3) d\u00e9finir les unit\u00e9s territoriales de gestion des populations afin de maintenir une ressource durable pour la p\u00eache.<\/p>\n<h4>\u00c9chantillonnage et caract\u00e9risation g\u00e9n\u00e9tique<\/h4>\n<p>Un total de 662 maskinong\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9chantillonn\u00e9s dans 22 sites, pour un nombre approximatif de 24 poissons par site (Figure 1). Ces \u00e9chantillons ont \u00e9t\u00e9 principalement obtenus gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9cieuse collaboration de guides de p\u00eache professionnels (M. Marc Thorpe, M. Mike Lazarus et M. Michael Philips), de leurs clients-p\u00eacheurs, de p\u00eacheurs sportifs b\u00e9n\u00e9voles et du travail des techniciens de la faune. Un petit pr\u00e9l\u00e8vement de tissus de nageoire pelvienne (1 cm<sup>\u00b2<\/sup>; 100 mg), ensuite pr\u00e9serv\u00e9 dans l\u2019\u00e9thanol, a \u00e9t\u00e9 suffisant pour proc\u00e9der aux analyses au laboratoire de L. Bernatchez \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval. Les poissons ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 l\u2019eau \u00e0 la suite de la capture.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chantillonnage a permis de couvrir les tron\u00e7ons du fleuve Saint-Laurent distribu\u00e9s entre la r\u00e9gion des Mille-\u00celes et le lac Saint-Pierre, les principaux tributaires du fleuve et certains lacs des eaux int\u00e9rieures du Qu\u00e9bec. Les sources majeures ayant \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour les ensemencements ont aussi \u00e9t\u00e9 \u00e9chantillonn\u00e9es : 1) les lacs Chautauqua (\u00c9tat de New York) et Pigeon (Ontario), 2) le lac Joseph et 3) le lac Tremblant. Ces deux derniers plans d\u2019eau ont eux-m\u00eames \u00e9t\u00e9 ensemenc\u00e9s pour y introduire le maskinong\u00e9 et ont ensuite \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme source de g\u00e9niteurs quelques ann\u00e9es plus tard. Le lac Traverse, situ\u00e9 en Mauricie, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 inclus parmi les plans d\u2019eau \u00e9tudi\u00e9s puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des rares lacs \u00e0 maskinong\u00e9 n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 ensemenc\u00e9.<\/p>\n<p>En laboratoire, l\u2019ADN de chaque maskinong\u00e9 a \u00e9t\u00e9 extrait \u00e0 partir des petits \u00e9chantillons de nageoires puis cet ADN a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019une technologie de pointe qui permet de lire chacune des variations d\u2019ADN sur une grande portion du g\u00e9nome (g\u00e9notypage par s\u00e9quen\u00e7age). Gr\u00e2ce \u00e0 cette m\u00e9thode d\u2019analyse, il a \u00e9t\u00e9 possible d\u2019identifier un tr\u00e8s grand nombre de variations g\u00e9n\u00e9tiques (polymorphisme nucl\u00e9otidique simple ou SNP), qui ont pu \u00eatre compar\u00e9es d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre et entre les diff\u00e9rents sites \u00e9chantillonn\u00e9s. Les mesures de diversit\u00e9 et de structure g\u00e9n\u00e9tique ont pris en compte plus de 16 000 positions diff\u00e9rentes sur les brins d\u2019ADN de chacun des maskinong\u00e9s analys\u00e9s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3491\" aria-describedby=\"caption-attachment-3491\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/muskiescanada.ca\/wp-content\/uploads\/Figure-1_vf-1.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-3491\" src=\"https:\/\/muskies.kracmedia.com\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Figure-1_vf-1-1024x774-1.png\" alt=\"Figure 1 - Localisation des sites d&#039;\u00e9chantillonnage.\" width=\"525\" height=\"397\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-3491\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1 - Localisation des sites d'\u00e9chantillonnage.<\/figcaption><\/figure>\n<h4>Structure g\u00e9n\u00e9tique des populations<\/h4>\n<p>Les analyses de diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un niveau mod\u00e9r\u00e9 de diversit\u00e9 en comparaison avec d\u2019autres esp\u00e8ces de poissons qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es avec des m\u00e9thodes semblables. La taille efficace des populations, estim\u00e9e \u00e0 partir des outils g\u00e9n\u00e9tiques, correspond au nombre de g\u00e9niteurs se reproduisant efficacement, transmettant ainsi leur bagage g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 leur prog\u00e9niture. En g\u00e9n\u00e9ral, le nombre total de poissons compris dans une population peut \u00eatre de 10 \u00e0 100 fois plus \u00e9lev\u00e9 que le nombre d\u2019individus efficaces. La taille efficace des populations s\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral av\u00e9r\u00e9e relativement faible, en particulier dans les lacs isol\u00e9s. Pour le fleuve Saint-Laurent, la taille efficace a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9e \u00e0 669 individus pour l\u2019ensemble des sites regroup\u00e9s. Cette valeur est consid\u00e9r\u00e9e comme mod\u00e9r\u00e9e comparativement \u00e0 ce qui est observ\u00e9 chez d\u2019autres esp\u00e8ces, mais refl\u00e8te les caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res du cycle de vie du maskinong\u00e9 (long\u00e9vit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, position sup\u00e9rieure dans la cha\u00eene alimentaire, comportement solitaire et territorial) et sa densit\u00e9 de population typiquement faible. Ces constats soulignent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de cette esp\u00e8ce et l\u2019importance d\u2019appliquer des mesures de protection particuli\u00e8res pour en assurer la p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p>Les mesures de diff\u00e9renciation et de structure g\u00e9n\u00e9tique sugg\u00e8rent l\u2019existence de huit groupes g\u00e9n\u00e9tiquement distincts dans le syst\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Le premier groupe comprend les maskinong\u00e9s utilis\u00e9s comme source d\u2019ensemencement et les sites directement d\u00e9riv\u00e9s de ceux-ci, c\u2019est-\u00e0-dire les lacs Chautauqua, Joseph, Tremblant, Fronti\u00e8re et Maskinong\u00e9 ainsi que les rivi\u00e8res Chaudi\u00e8re et Saint-Maurice. Cela confirme l\u2019origine commune des maskinong\u00e9s de ces plans d\u2019eau, tous d\u00e9riv\u00e9s de la source du lac Chautauqua, situ\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat de New York. Pour les rivi\u00e8res Chaudi\u00e8re et Saint-Maurice, nos r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que le maskinong\u00e9 y \u00e9tait faiblement repr\u00e9sent\u00e9 initialement et que les ensemencements auraient permis l\u2019\u00e9tablissement de populations p\u00e9rennes. Le second groupe correspond \u00e0 la rivi\u00e8re de l\u2019Achigan et le troisi\u00e8me groupe \u00e0 la rivi\u00e8re Yamaska, qui se distinguent du fleuve Saint-Laurent. Le quatri\u00e8me groupe se compose de l\u2019ensemble des sites du Saint-Laurent depuis les Mille-\u00celes jusqu\u2019au lac Saint-Pierre. Le cinqui\u00e8me groupe correspond au lac des Deux-Montagnes, qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiquement distinct des maskinong\u00e9s du fleuve Saint-Laurent. Fait \u00e0 noter, les maskinong\u00e9s du lac des Deux-Montagnes montrent, dans une certaine proportion, des migrations vers le lac Saint-Louis. Ces individus migrateurs ont en majorit\u00e9 (83%) \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s sur la rive nord du lac Saint-Louis, qui est aliment\u00e9 par les eaux provenant de la rivi\u00e8re des Outaouais. Le sixi\u00e8me groupe est compos\u00e9 des lacs isol\u00e9s n\u2019ayant fait l\u2019objet d\u2019aucun ensemencement, repr\u00e9sent\u00e9 dans la pr\u00e9sente \u00e9tude par le lac Traverse. Ce plan d\u2019eau pr\u00e9sente une structure g\u00e9n\u00e9tique unique qu\u2019il convient de pr\u00e9server. Le septi\u00e8me groupe correspond au lac Pigeon (qui fait partie du syst\u00e8me des lacs Kawartha en Ontario), ayant servi aux ensemencements dans une moindre mesure que les autres plans d\u2019eau, et enfin le huiti\u00e8me groupe correspond au lac Champlain.<\/p>\n<p>Dans le fleuve Saint-Laurent, bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une seule population, plus la distance g\u00e9ographique entre les lieux de capture de deux individus est grande, plus la diff\u00e9renciation g\u00e9n\u00e9tique entre eux est importante. Ce patron est une cons\u00e9quence de la dispersion g\u00e9ographiquement r\u00e9duite des individus \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019ensemble du Saint-Laurent. De plus, la variation g\u00e9n\u00e9tique observ\u00e9e dans le fleuve Saint-Laurent est continue, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019y existe pas de r\u00e9els groupes g\u00e9n\u00e9tiques fortement diff\u00e9renci\u00e9s. Cela sugg\u00e8re que la dispersion peut se faire librement de l\u2019amont vers l\u2019aval bien qu\u2019elle soit \u00e9videmment r\u00e9duite vers l\u2019amont par la pr\u00e9sence de deux obstacles majeurs sur le Saint-Laurent, soit les barrages Beauharnois et Moses-Saunders.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3492\" aria-describedby=\"caption-attachment-3492\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/muskiescanada.ca\/wp-content\/uploads\/Figure-2_vf-1.png\"><img decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-3492\" src=\"https:\/\/muskies.kracmedia.com\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Figure-2_vf-1-1024x171-1.png\" alt=\"Figure 2 - Histogramme montrant le pourcentage de chaque individu appartenant aux diff\u00e9rents groupes g\u00e9n\u00e9tiques. Chaque barre verticale correspond \u00e0 un individu \u00e9chantillonn\u00e9 dans une masse d&#039;eau donn\u00e9e et repr\u00e9sente son degr\u00e9 d&#039;appartenance (ou de m\u00e9lange) \u00e0 un groupe donn\u00e9. Chaque couleur repr\u00e9sente un groupe g\u00e9n\u00e9tiquement distinct. Par exemple, il existe une grande similarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique entre les individus des lacs Fronti\u00e8re, Joseph et Tremblant (respectivement FRO, JOS et TRE), tous ensemenc\u00e9s \u00e0 partir de la source du lac Chautauqua (CHQ). \u00c0 l&#039;inverse, il existe une grande distinction g\u00e9n\u00e9tique entre le maskinong\u00e9 du lac Traverse (TRA) et tous les autres plans d&#039;eau. Points orange : source des individus utilis\u00e9s pour l&#039;ensemencement. Points verts : lacs et rivi\u00e8res o\u00f9 le maskinong\u00e9 \u00e9tait absent ou peu abondant avant l&#039;ensemencement. Points bleus : sections du fleuve Saint-Laurent et du lac des Deux-Montagnes. Pour la signification des abr\u00e9viations, voir la figure 1.\" width=\"525\" height=\"88\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-3492\" class=\"wp-caption-text\">Figure 2 \u2013 Histogramme pr\u00e9sentant le pourcentage d\u2019appartenance de chaque individu aux diff\u00e9rents groupes g\u00e9n\u00e9tiques. Chaque barre verticale correspond \u00e0 un individu \u00e9chantillonn\u00e9 dans un plan d\u2019eau et repr\u00e9sente son degr\u00e9 d\u2019appartenance (ou de m\u00e9lange) \u00e0 un groupe donn\u00e9. Chaque couleur repr\u00e9sente un groupe g\u00e9n\u00e9tiquement distinct. \u00c0 titre d\u2019exemple, on remarque la tr\u00e8s grande similitude g\u00e9n\u00e9tique entre les individus des lacs Fronti\u00e8re, Joseph et Tremblant (FRO, JOS et TRE respectivement), qui ont tous \u00e9t\u00e9 ensemenc\u00e9s \u00e0 partir de la source du lac Chautauqua (CHQ). Inversement, on remarque la grande diff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9tique entre les maskinong\u00e9s du lac Traverse (TRA) et ceux de tous les autres plans d\u2019eau. Points orange : source d\u2019individus utilis\u00e9s pour les ensemencements. Points verts : lacs et rivi\u00e8res o\u00f9 le maskinong\u00e9 \u00e9tait absent ou peu abondant avant les ensemencements. Points bleus : tron\u00e7ons du fleuve Saint-Laurent et lac des Deux-Montagnes. Pour la signification des abr\u00e9viations, voir la Figure 1.<\/figcaption><\/figure>\n<h4>Effet des ensemencements<\/h4>\n<p>L\u2019analyse fine des patrons de m\u00e9lange g\u00e9n\u00e9tique permet d\u2019estimer l\u2019effet des ensemencements sur la structure g\u00e9n\u00e9tique des populations (Figure 2). Cette analyse a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les ensemencements n\u2019ont eu que tr\u00e8s peu d\u2019effets sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des populations sauvages dans le fleuve Saint-Laurent. On y a mesur\u00e9 peu de m\u00e9langes g\u00e9n\u00e9tiques impliquant les souches des lacs Chautauqua, Joseph ou Tremblant, utilis\u00e9s comme populations sources. \u00c0 l\u2019inverse, on observe des \u00e9vidences de m\u00e9lange g\u00e9n\u00e9tique dans certains affluents du Saint-Laurent, et ce, malgr\u00e9 le fait qu\u2019ils aient, dans la plupart des cas, re\u00e7u des quantit\u00e9s plus faibles de poissons ensemenc\u00e9s que le fleuve. C\u2019est le cas pour les rivi\u00e8res Saint-Maurice et Chaudi\u00e8re ainsi que pour le lac Maskinong\u00e9 o\u00f9 l\u2019on constate un m\u00e9lange des bagages g\u00e9n\u00e9tiques local (repr\u00e9sent\u00e9 en noir \u2013 Figure 2) et introduit (repr\u00e9sent\u00e9 en vert \u2013 Figure 2). L\u2019hypoth\u00e8se principale susceptible d\u2019expliquer ce patron est que les ensemencements ont eu des effets variables en fonction de la taille initiale des populations. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, on s\u2019attend \u00e0 ce que l\u2019ensemencement par des individus issus de groupes g\u00e9n\u00e9tiques diff\u00e9rents, dans le cas pr\u00e9sent des individus de lacs \u00e9loign\u00e9s (diff\u00e9rences climatiques et de types d\u2019habitats), soit potentiellement inefficace en raison du manque d\u2019adaptation des individus ensemenc\u00e9s aux conditions locales. Il est donc possible que les individus ensemenc\u00e9s dans le Saint-Laurent aient eu un faible succ\u00e8s reproducteur et\/ou que les hybrides issus de la reproduction aient \u00e9t\u00e9 peu adapt\u00e9s aux conditions locales, montrant ultimement un faible taux de survie. Ainsi, il est possible que les maskinong\u00e9s non indig\u00e8nes aient \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9s dans le fleuve Saint-Laurent, qui poss\u00e9dait potentiellement une plus grande taille de population que les lacs isol\u00e9s ou les tributaires.<\/p>\n<h4>Incidences sur la gestion<\/h4>\n<p style=\"box-sizing: inherit; margin: 0px 0px 1.5em; padding: 0px; color: rgb(51, 51, 51); font-family: &quot;Libre Franklin&quot;, &quot;Helvetica Neue&quot;, helvetica, arial, sans-serif;\">Nos r\u00e9sultats indiquent que, d\u2019un point de vue g\u00e9n\u00e9tique, l\u2019ensemble du fleuve Saint-Laurent, depuis la r\u00e9gion des Mille-\u00celes jusqu\u2019au lac Saint-Pierre, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une seule entit\u00e9 au sein de laquelle la diff\u00e9renciation g\u00e9n\u00e9tique des individus augmente faiblement en fonction de la distance qui les s\u00e9pare. Ainsi, une seule unit\u00e9 de gestion serait suffisante sur le Saint-Laurent pour assurer le maintien de la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique dans ce syst\u00e8me. Bien entendu, les populations qui sont isol\u00e9es par des obstacles infranchissables devraient toutefois \u00eatre g\u00e9r\u00e9es localement. C\u2019est notamment le cas du lac Saint-Fran\u00e7ois, enclav\u00e9 par des barrages en amont (Moses-Saunders) et en aval (Beauharnois). La seconde unit\u00e9 de gestion comprend le lac des Deux-Montagnes, qui se distingue nettement de la population du fleuve Saint-Laurent. Le troisi\u00e8me groupe est constitu\u00e9 des affluents du fleuve Saint-Laurent, chacun repr\u00e9sentant une unit\u00e9 distincte. Des nuances doivent toutefois \u00eatre apport\u00e9es en fonction de l\u2019abondante du maskinong\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat naturel. Ainsi, les rivi\u00e8res de l\u2019Achigan et Yamaska ne portent que peu de traces d\u2019hybridation avec des poissons ensemenc\u00e9s alors que les rivi\u00e8res Chaudi\u00e8re et Saint-Maurice ont un profil de m\u00e9lange g\u00e9n\u00e9tique plus prononc\u00e9 avec les sources d\u2019ensemencement. Le quatri\u00e8me groupe se compose des lacs ensemenc\u00e9s directement \u00e0 partir du lac Chautauqua (lacs Joseph, Tremblant et Fronti\u00e8re) et partagent une similarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique forte avec ce dernier. Le cinqui\u00e8me groupe comprend les lacs dans lesquels le maskinong\u00e9 \u00e9tait initialement pr\u00e9sent (lacs Maskinong\u00e9 et Champlain) et qui pr\u00e9sentent des traces de m\u00e9lange relativement modestes. Enfin, le lac Traverse repr\u00e9sente l\u2019une des rares, sinon la seule population naturelle non ensemenc\u00e9e au Qu\u00e9bec et qui pr\u00e9sente une composition g\u00e9n\u00e9tique unique.<\/p>\n<p style=\"box-sizing: inherit; margin: 0px 0px 1.5em; padding: 0px; color: rgb(51, 51, 51); font-family: &quot;Libre Franklin&quot;, &quot;Helvetica Neue&quot;, helvetica, arial, sans-serif;\">En conclusion, dans les syst\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9demment non occup\u00e9s par le maskinong\u00e9 ou avec une tr\u00e8s faible densit\u00e9 d\u2019individus, les ensemencements ont permis le maintien \u00e0 long terme des populations locales et ont ainsi contribu\u00e9 \u00e0 mettre en valeur les activit\u00e9s de p\u00eache sportive. Bien que les ensemencements aient temporairement contribu\u00e9 au recrutement de l\u2019esp\u00e8ce et au maintien de l\u2019offre de p\u00eache dans la portion du fleuve Saint-Laurent situ\u00e9 dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al (voir l\u2019article de Carrier&nbsp;<em style=\"box-sizing: inherit;\">et al.<\/em>&nbsp;dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro), elle ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de succ\u00e8s \u00e0 long terme, peut-\u00eatre en raison de la mauvaise adaptation des individus stock\u00e9s aux conditions locales particuli\u00e8res d'un grand fleuve comme le Saint-Laurent. Cependant, ils ont pu contribuer \u00e0 soutenir la p\u00eache \u00e0 court terme (voir Carrier&nbsp;<em style=\"box-sizing: inherit;\">et al.<\/em>&nbsp;dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro), ils ne semblent pas avoir \u00e9t\u00e9 fructueux \u00e0 long terme, possiblement en raison de la mauvaise adaptation des individus ensemenc\u00e9s aux conditions particuli\u00e8res d\u2019un grand fleuve comme le Saint-Laurent. Lors d\u2019une prochaine sortie de p\u00eache, par exemple sur le fleuve Saint-Laurent ou le lac des Deux-Montagnes, il sera possible d\u2019affirmer p\u00eacher vraisemblablement des poissons indig\u00e8nes d\u2019origine locale. Nous recommandons d\u2019\u00e9viter les ensemencements futurs sans une connaissance d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019abondance des stocks, de leur diversit\u00e9 et de la structure g\u00e9n\u00e9tique ainsi que des \u00e9changes entre elles. La priorit\u00e9 devrait \u00eatre accord\u00e9e aux actions visant la protection et la restauration \u00e9cologique des milieux aquatiques afin de permettre d\u2019optimiser le succ\u00e8s de la reproduction naturelle.<\/p>\n<h4>Remerciements<\/h4>\n<p><span style=\"color: rgb(51, 51, 51); font-family: &quot;Libre Franklin&quot;, &quot;Helvetica Neue&quot;, helvetica, arial, sans-serif;\">Nous tenons \u00e0 souligner l\u2019implication des p\u00eacheurs de maskinong\u00e9s du Qu\u00e9bec qui ont particip\u00e9 \u00e0 la collecte d\u2019\u00e9chantillons, notamment celle de MM. Marc Thorpe, Mike Lazarus et Michael Phillips. Nous remercions M. Christopher Legard (New York State Department of Environmental Conservation) pour l\u2019\u00e9chantillonnage de sp\u00e9cimens du lac Chautauqua, M. Samuel Cartier pour le lac Champlain et M. Chris Wilson (Aquatic Research and Monitoring Section, Ontario Ministry of Natural Resources and Forestry) pour le lac Pigeon. Merci \u00e0 M. Christopher Wilson (Fish Culture Section, Ontario Ministry of Natural Resources and Forestry) pour avoir partag\u00e9 ses connaissances sur l\u2019histoire des stations piscicoles et des ensemencements. Merci \u00e0 M. Shawn Good (Vermont Fish &amp; Wildlife Department) et \u00e0 M. Jeffrey J. Loukmas (New York State Department of Environmental Conservation) pour avoir partag\u00e9 leurs donn\u00e9es sur l\u2019historique de la gestion et des ensemencements au lac Champlain. Des remerciements particuliers vont \u00e9galement \u00e0 M. Nicolas Auclair, M. Florent Archambault, M. R\u00e9mi Bacon, M. Christian Beaudoin, Mme Anabel Carrier, Mme Chantal C\u00f4t\u00e9, Mme Julie Deschesnes, M. Fran\u00e7ois Girard, M. Guillaume Lemieux, Mme Louise Nadon, M. Yves Paradis, Mme Genevi\u00e8ve Richard et Mme \u00c9liane Valiquette pour leur contribution \u00e0 la planification du projet et aux travaux de laboratoire et de terrain. Ce projet a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce au financement du minist\u00e8re des For\u00eats, de la Faune et des Parcs du Qu\u00e9bec, de la Chaire de Recherche du Canada en G\u00e9nomique et Conservation des Ressources aquatiques, de la Fondation h\u00e9ritage faune (F\u00e9d\u00e9ration qu\u00e9b\u00e9coise des Chasseurs et p\u00eacheurs), de Ressources Aquatiques Qu\u00e9bec et de Muskies Inc.<\/span><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quentin Rougemont1, Anne Carrier2, Jeremy Le-luyer3, Anne-Laure Ferchaud1, John M. 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